Du sucre au goût amer

– Par Brice Hugou

Comme de nombreux autres pays à travers le monde, le Cambodge est la cible d’accaparements de terres sur des surfaces de plusieurs milliers d’hectares. Et  malgré la suspension par l’État de nouvelles attributions de terres à des investisseurs privés, la situation demeure instable. Destinées à permettre la réalisation de projets d’investissements émanant d’entreprises cambodgiennes et étrangères, ces pratiques bafouent les droits de propriété des populations locales à des fins économiques. Sans aller jusqu’à affirmer l’existence d’une relation de cause à effet systématique, il est intéressant de rappeler que le Cambodge bénéficie de facilités notamment de l’initiative européenne « Tout sauf les armes » qui permet aux pays les moins avancés (PMA) d’exporter en Europe toutes leurs marchandises (à l’exception des armes et munitions) à des conditions très proches de celles des membres de l’Union européenne (sans droits de douane par exemple). Dès lors, il est très intéressant pour une entreprise de s’implanter et de produire au Cambodge et d’exporter ensuite vers l’Europe.

Comme souvent, le phénomène d’accaparement des terres démarre avec un problème en lien avec le droit de propriété. Sous le règne de Khmers rouges qui ont dirigé le pays de 1975 à 1979, tous les titres de propriété ont été détruits au nom de la collectivisation. Dès lors, il a fallu reconstruire le droit de propriété, et attendre pour cela la loi de 2001. Dans son article 30, celle-ci prévoit ainsi que « Any person who, for no less than five years prior to the promulgation of this law, enjoyed peaceful, uncontested possession of immovable property that can lawfully be privately possessed, has the right to request a definitive title of ownership. »

Or, force est de constater que le droit de propriété n’est pas toujours suffisant pour protéger les populations locales, certaines entreprises parvenant à acheter « légalement » (ou en ayant recours à la violence) des terres pour des prix dérisoires (50$ par hectare alors que le marché offre de 500$ à 1000$ pour ces dernières), tandis que d’autres reçoivent du gouvernement des concessions portant sur des terres déjà exploitées par des agriculteurs locaux. Une fois dépossédés de leurs terres, la plupart des agriculteurs n’ont d’autre choix que de travailler pour ceux qui viennent de s’approprier leurs terres faute d’endroit où aller et d’argent pour s’installer…

Les manifestations au sein du pays et sur la scène internationale se sont intensifiées récemment, certains politiques protestant contre l’attitude de l’Europe qui continue d’importer du sucre produit sur des terres accaparées : tous réclament le boycott du sucre venant de ce type d’exploitation.  Ainsi, malgré les discussions fréquentes des autorités sur le sujet, la situation et l’attitude des dirigeants sont préoccupantes, certains ayant le courage de dire que même si des intérêts particuliers sont lésés, le bénéfice pour l’économie globale du pays est tel que la situation reste intéressante.

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