La sécurité alimentaire au G20, un échec de plus

Par Sylvestre YAMTHIEU

Si l’on s’en tient aux deux derniers sommets du groupe des vingt États les plus industrialisés du monde (G20), notamment celui de Cannes et celui de Los Cabos, il semblerait que la sécurité alimentaire soit devenue un simple slogan politique.

À Cannes en 2011, les vingt États les plus riches de la planète se sont engagés à promouvoir l’agriculture et à s’attaquer à la volatilité des prix des matières premières agricoles et ont inscrit la sécurité alimentaire au quatrième point de la Déclaration finale de ce sommet. Cette Déclaration finale prône l’investissement, le soutien à la recherche agricole et l’élaboration d’instruments appropriés à la gestion des risques et des situations humanitaires d’urgence. Ils se sont également engagés à agir de manière concertée afin d’apporter des réponses communes à la crise alimentaire. Si toutes ces mesures étaient appliquées, peut-être que l’objectif de réduire de moitié le nombre de personnes menacées de sous-nutrition ne serait aussi lointain.

Cependant, le G20, essentiellement composé de pays dans lesquels l’accès aux aliments est assuré, peut-il scier la branche sur laquelle il est assis ? Il est difficile de répondre à cette question par l’affirmative, car les pays du G20 sont parmi ceux qui accaparent les terres agricoles dans les pays en développement (PED). C’est également parmi eux que l’on trouve les plus grands producteurs d’agrocarburants. Les engagements de Cannes étaient-ils donc sincères ?

Sur la forme, une réponse positive est envisageable dans la mesure où le Sommet de Los Cabos réaffirme ces engagements. Mais, sur le fond,  aucune mesure concrète n’a été annoncée. Comment pouvait-il en être autrement dans la mesure où les chefs d’État, trop absorbés par leurs désaccords sur la meilleure manière de promouvoir la croissance économique mondiale et de résoudre la crise de la zone euro, ont perdu de vue la situation des pays en développement, confrontés à des baisses de l’aide au développement, au changement climatique et à la volatilité des prix alimentaires ?

Dès lors, peut-on réellement espérer résorber, à défaut de la réduire, l’insécurité alimentaire dans le monde par la multiplication de sommets, de conférences et de colloques ? Certes, toute action nécessite une phase de conception et de concertation, mais il y a à craindre qu’à y passer trop de temps, elle ne serve plus à grande chose. Les 950 millions de personnes exposées à la sous-nutrition ont besoin de bien plus que des engagements politiques pour espérer assouvir un besoin vital.

Il ne s’agit pas de réaliser ce besoin seulement par des actions ponctuelles comme les aides alimentaires. En effet, si la sécurité alimentaire ne se résume pas à un simple slogan au G20, alors les pays les riches du monde devraient donner aux pays les plus pauvres les moyens d’assurer leur accès à la terre, à l’eau et aux semences et la possibilité de tirer les avantages liés à l’exploitation de leurs ressources naturelles. Cela suppose que le cadre structurel notamment, les règles commerciales internationales ou encore l’accaparement des terres agricoles dans les PED soit remis sur la table.

 

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