Comment nourrir neuf milliards de Terriens ?

Par Sylvestre YAMTHIEU

        Selon la FAO, environ 925 millions de personnes sont menacées de famine dans le monde. Parmi celles-ci, plus de la moitié, soit environ 578 millions, vit dans la région Asie et Pacifique alors que plus d’un quart vit en Afrique. Pour expliquer cette situation, des facteurs naturels et conjoncturels sont généralement avancés. Cependant, selon Olivier de Schutter, Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, la faim n’est pas une calamité naturelle ; au contraire, elle représente le fruit de choix politiques inadaptés. Ainsi, la cause profonde de la faim dans le monde réside dans l’inadaptation des règles relatives à l’encadrement de la production, de la commercialisation et de la distribution des aliments. Cette inadéquation est davantage entretenue par la mondialisation, sur le double plan du droit et de l’économie et au centre duquel se trouve l’Organisation mondiale du commerce (OMC). En effet, à cause du libre échange tous azimuts, sur tous les produits et sur tous les continents, il n’est pas rare que certains pays soient exposés aux pénuries des denrées alimentaires qu’ils produisent.

            Pour conjurer cette situation, Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, estime que la première démarche consiste à se poser les bonnes questions, et notamment celle-ci : « comment nourrir neuf milliards de Terriens » ?

           Cette interrogation pourrait-elle marquer un tournant dans la recherche de solutions à la faim dans le monde ? Rien n’est moins sûr, mais il ne faut pas faire un pied de nez à l’avenir en y répondant par la négative dans la mesure où l’OMC admet qu’il faut revenir sur les fondamentaux pour réduire le prix des produits alimentaires ainsi que leur volatilité. En effet, selon Pascal Lamy, il s’agit de « trouver un bon dosage politique en matière de production alimentaire et de commerce international ».

            Certes, de la qualité de la question dépend la qualité de la réponse, mais l’essentiel est de passer aux actes en se demandant comment les règles de l’OMC peuvent aboutir à la sécurité alimentaire, notamment à la garantie d’accès aux aliments. Même si plusieurs pistes peuvent être creusées à cet effet, deux retiennent particulièrement l’attention, à savoir le libre échange et les monopoles de propriété intellectuelle sur les matières premières agricoles à travers l’Accord sur les Aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (accord sur les ADPIC).

            S’agissant du libre échange, la question à résoudre n’est pas facile. D’une part, les restrictions à l’exportation peuvent constituer une arme entre les mains des pays producteurs de denrées alimentaires pour affamer ceux qui n’en produisent pas. Ces restrictions à l’exportation ont joué un rôle dans la hausse des prix des produits alimentaires en 2008. D’autre part, un libéralisme sans limite expose les pays producteurs à des pénuries alimentaires malgré la production agricole locale. Il s’agit alors pour l’OMC de trouver un juste équilibre entre un libéralisme « sauvage » et une « sage » restriction, équilibre qui passerait par exemple par la régulation des marchés.

            Pour ce qui est des droits de propriété intellectuelle sur les matières premières agricoles, l’article 27 de l’Accord sur les ADPIC consacre un droit des brevets à tous les objets (vivants ou inertes) et à tous les États. Or, vu la difficulté pour un seul moule à contenir toutes les différences socio-économiques, il est vital de diversifier les règles afin que soient prises en compte les considérations historiques, géographiques et culturelles propices à la sauvegarde de la biodiversité, gage d’une alimentation durable.

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