L’investissement durable

Par Juanjuan SUN

En matière de sécurité alimentaire, le défi le plus difficile pour la Chine est de parvenir à nourrir 20 % de la population de la planète en utilisant 8 % de terres arables. En 1995, la question préoccupait déjà Lester Russell Brown qui se demandait, dans son ouvrage Who Will Feed China? Wake-Up Call for a Small Planet, qui allait nourrir les Chinois demain. L’approvisionnement de la population chinoise dépend en grande partie des importations et s’effectue par conséquent au détriment de la sécurité alimentaire. Le gouvernement chinois a certes déclaré que les Chinois peuvent compter sur eux-mêmes pour subvenir à leurs besoins alimentaires. Mais, en réalité, si beaucoup d’efforts sont déjà réalisés en ce sens, l’importation joue en fait un rôle essentiel pour garantir la sécurité alimentaire à cause de l’augmentation continue de la population. En plus, la réquisition de terres arables chinoises pour la construction industrielle ou le logement, ainsi que la dégradation de l’environnement posent de réelles difficultés pour parvenir à l’autosuffisance.

Afin d’assurer l’approvisionnement, en dehors de l’autoproduction et de l’importation des denrées, une troisième voie est explorée : l’extension de l’agriculture à l’étranger via l’exploitation de terres louées. Néanmoins, cette solution suscite de nombreuses critiques. Le problème qu’elle pose n’est pas réellement lié au fait que le fruit des cultures est exporté vers la Chine pour y être consommé, mais plutôt au fait que les populations locales et, en premier lieu, les paysans ne bénéficient quasiment pas du développement économique occasionné par ces investissements massifs chinois.

La difficulté semble résulter de ce que l’investissement ne vise uniquement que la sécurité alimentaire de la Chine et que le développement de l’économie locale ne profite qu’en partie aux locaux. En fait, les volets environnemental et social sont négligés à l’occasion de ces investissements. Or, il est nécessaire de prendre en considération ces trois aspects – économique, environnemental et social – lors de la réalisation de ces investissements fonciers à l’étranger.

Du côté du développement économique, il faut que l’investissement produise le profit économique réciproque, à la fois pour l’investisseur et pour les populations locales. Néanmoins, le problème à cet égard est que le gouvernement local profite souvent de la mise à disposition de la terre qu’il monnaye contre une somme d’argent et que les paysans, quant à eux, perdent leur terre, qui est leur moyen de subsistance, sans aucune contrepartie ni garantie.

Du côté du développent environnemental, l’investisseur doit non seulement veiller à ne pas surexploiter les ressources naturelles locales et ne pas entraîner de pollution.

Du côté du développement social, il s’impose de respecter les traditions et les cultures locales, permettant aux peuples de conserver leurs propres styles de vie, y compris le système de production et de consommation alimentaires.

En définitive, lorsqu’un investissement à l’étranger est projeté, il faut tenir compte à la fois du développement de l’économie, de la préservation de l’environnement et du développement social. Il y a beaucoup de terres arables en Afrique et en Amérique du Sud et ces régions peuvent être le grenier du monde, comme la Chine est devenue l’usine du monde en raison d’un coût de production favorable au développement industrielle. Pour que l’opération d’acquisition ou de location ne suscite pas autant de controverses, il faut que chacun y trouve son compte, c’est-à-dire que l’investissement soit durable.

A propos sunjuanjuan

Doctorante - Programme Lascaux
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Un commentaire pour L’investissement durable

  1. Merci pour ces reflexions
    Les accords fondateurs de l’OMC n’ont-iils pas refusé de prendre en compte les questions sociales (renvoyées à l’OIT) et les questions environementales? On ne peut en sortir sans un rééquilibrage de ce coté. Qui le rappelle ?
    La Corée a défendu et modernisé sa petite agriculture…(L’OMC va la détruire) A la Chine de moderniser aussi sa petite agriculture, sans aller piller l’avenir des pays du Sud en forte croissance démographique et qui ont ou auront besoin de leur terres … Y compris pour exporter …
    Ne pas oublier la formation agricole des jeunes des pays du Sud ..;n’est-ce pas une raison importante de leur vulnérabilité et de leur difficulter à produire ?

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