Main basse sur les terres agricoles en Afrique

Par Sylvestre YAMTHIEU

L’histoire révèle qu’à l’époque coloniale, l’Afrique était l’objet de toutes les convoitises qui ont conduit à l’organisation de  la Conférence de Berlin au cours de laquelle, les délégués de quatorze nations occidentales posèrent les jalons de la colonisation en se partageant l’Afrique comme un gigantesque gâteau. Ainsi, les terres furent attribuées au gré des « zones d’influences » et au mépris total des populations qui y vivaient. Plusieurs décennies plus tard , les appétits pour les terres en Afrique ne semblent pas s’être émoussés et, de simples spectateurs qu’ils étaient lors de  la conférence de Berlin qui avait décidé de leur destin sans qu’ils aient à donner leurs avis, les Africains, à travers leurs dirigeants, sont devenus les principaux acteurs de ce que l’on peut, à tort où à raison, appeler « la grande braderie » des terres les plus fertiles de leurs pays.

Selon la FAO, l’Afrique comprend environ 700 millions d’hectares de terres arables. En principe, la disponibilité de ces terres est un facteur essentiel pour la production d’aliments nécessaires pour assurer la sécurité alimentaire  sur le continent. Or, malgré cet atout, environ 269 millions d’Africains sont menacés par la faim ; d’où la nécessité de rechercher les causes de ce paradoxe. Depuis 2004, l’Afrique a cédé au moins 30 millions d’hectares de terres agricoles, soit environ la superficie de la Côte d’Ivoire. Quelque 12 millions d’hectares ont fait l’objet de transactions connues, dans dix-huit pays du continent, parmi lesquels le Cameroun et le Mali durant les trois dernières années. Cela signifie donc que les paysans africains ont été expulsés ou privés d’environ 12 millions d’hectares de terres au profit de multinationales étrangères.

Pourtant, Olivier de Schutter, Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, souligne que l’accès à la terre est un préalable au droit à l’alimentation. Dans ce contexte, il est à craindre que des milliers d’Africains soient privés de ce droit fondamental du fait de multinationales obnubilées par la recherche effrénée du profit. Pire encore, les terres acquises par ces dernières ne sont pas destinées à la production d’aliments nécessaires pour l’Afrique et servent plutôt à la culture de matières premières destinées à l’exportation.

Au-delà du danger que représente l’accaparement des terres par des investisseurs étrangers, c’est la souveraineté politique et alimentaire de ces États africains qui est ainsi remise en cause. En effet, le territoire est une composante essentielle dans la définition d’un État et lorsque des gouvernements octroient des baux de longue durée à des multinationales qui, pour l’exploitation de ces terres, délogent les populations locales qui y vivaient et en dépendaient depuis des générations, ils exposent non seulement les citoyens dont ils ont la charge à la faim, mais surtout remettent en cause la plénitude de l’exercice de leur souveraineté.

Les leaders africains qui font face à de sérieux problèmes financiers peuvent difficilement rester insensibles aux gros capitaux que proposent les multinationales en guise de  redevances inhérentes à l’exploitation des terres agricoles dont ces derniers ont la charge. Entre la sécurité ainsi que la souveraineté alimentaires et les redevances perçues ou escomptées le choix est cornélien pour des dirigeants qui ne peuvent pas exproprier leur citoyens tout en leur promettant un avenir radieux ; ce d’autant plus que, contre toutes apparences, ils ont pleinement conscience que la stabilité et le développement de l’Afrique ne sera possible que lorsque chaque Africain pourra manger à sa faim et surtout que le préalable à cet objectif, c’ est le respect du droit d’accès à la terre pour tous.

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2 commentaires pour Main basse sur les terres agricoles en Afrique

  1. Je voudrais te remercier pour tes efforts de réflexions sur le cas AFRICAIN.  » le droit d’accès à la Terre pour tous », malheureusement ces responsables africains ne connaissent pas ce langage tout simplement parceque le mot « droit » ne fait pas partir de leur vocabulaire! Mais comme disait l’autre : le droit ne s’octroie pas, il s’arrache…J’invite donc chaque Africain à se comporter comme acteur dans  » l’Afrique qui renaît de ces cendres ».
    Bonne continuation.

  2. Simonet Valerie dit :

    Comment peut-on laisser faire de telles choses pendant que l’Afrique vit dans la pauvreté ???

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