De la difficulté de distinguer une opération de couverture d’une opération de spéculation

En grossissant le trait, on trouve sur les marchés financiers deux grandes catégories d’acteurs : il y a ceux qui fuient le risque et ceux qui courent après. Les premiers cherchent à éviter des pertes et les seconds, à réaliser des profits.

Pourtant, quelle que soit leur politique en tant qu’investisseur, ils disposent des mêmes instruments de base : les contrats à terme (Future), les contrats optionnels (Options) et les contrats d’échange (Swaps).

Bien qu’efficaces de façon indépendante, ces instruments trouvent parfois à se combiner pour former des montages contractuels plus complexes. C’est notamment le cas pour les swaptions qui, comme leur nom l’indique, mélangent un contrat d’échange et un contrat optionnel. Ainsi, il s’agit là d’acheter le droit de former un contrat d’échange avec son cocontractant avec des prix fixe et flottant déterminés. Toutefois, rien dans ces contrats ne permet de distinguer s’ils vont servir à des opérations de couverture ou de spéculation.

Dès lors, l’un des problèmes qui se pose réside dans l’impossibilité de savoir quelle est la politique de l’investisseur : cherche-t-il à se couvrir d’un risque ? Souhaite-t-il seulement réaliser un bénéfice ? Est-il ou non intéressé par la détention et l’utilisation du bien ? Cette opération n’est-elle destinée au fond qu’à se protéger contre des risques pris sur un autre marché ?

Or, pouvoir répondre à ces questions serait certainement un premier pas pour limiter l’excédent de volatilité imputable à la spéculation. Si l’on sait qui souhaite investir et pourquoi, un meilleur encadrement est possible.

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Pour les plus courageux des lecteurs, voici quelques brèves explications sur les contrats cités plus haut :

  • Le contrat à terme revient à vendre une chose à un prix déterminé aujourd’hui, pour une livraison ultérieure.

Illustration : A va vendre à B 50 tonnes de blé à 120€ la tonne en janvier, pour une livraison prévue 6 mois plus tard. Quelle que soit la valeur du blé à ce moment, B paiera la même somme et recevra la quantité de blé initialement prévue. Un bémol doit toutefois être apporté : B n’est pas obligé d’attendre la livraison du bien, il peut dénouer sa position avant l’arrivée du terme et ne percevoir (ou ne verser) qu’une différence monétaire. Celle-ci correspondra à l’écart de valeur du blé entre le moment de l’achat et le moment du débouclement de la position.

  • Le contrat optionnel revient quant à lui à acquérir le droit d’acheter à une date ultérieure un bien à un prix déterminé aujourd’hui (prix d’exercice).

Illustration : A va payer à B une prime (premium) en contrepartie de laquelle B va lui céder le droit d’acheter du blé à un prix de 120€, pendant un laps de temps déterminé. Si le cours du blé augmente, A va acheter le blé au moment qu’il jugera le plus opportun. Si, au contraire, le prix du blé chute, il va renoncer à l’acheter. La prime sera néanmoins toujours acquise au vendeur.

  • Le contrat d’échange consiste pour l’une des parties à s’engager à payer un prix fixe à l’autre, laquelle lui versera en retour un prix flottant. Le prix sera celui d’une des matières premières agricoles.

Illustration : A souhaite acheter du blé à 120€ la tonne, mais le prix du blé varie sur le marché. A passe donc un contrat avec B dans lequel ce dernier s’engage à lui verser périodiquement la valeur du blé, sur le marché de Chicago, fixée au premier jour de chaque mois (c’est le « prix flottant »). Si le blé atteint 140€ la tonne, B verse la différence à A. En revanche, même si le prix du blé tombe à 80€ la tonne, A va toujours verser la même somme à B, c’est-à-dire 120€.

Ensuite, B peut souhaiter se couvrir contre les pertes potentielles en achetant des contrats à terme ou des contrats optionnels sur les marchés dérivés. La boucle est bouclée.

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2 commentaires pour De la difficulté de distinguer une opération de couverture d’une opération de spéculation

  1. François Collart Dutilleul dit :

    C’est très clair et utile pour comprendre le phénomène de la spéculation. On devine qu’il y a des questions juridiques importantes derrière les qualifications de ces contrats, à mettre en perspective avec les questions économiques/financières/spéculatives relatives aux marchés et aux effets éventuels sur les prix.

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