Le découplage entre la consommation des ressources naturelles et la croissance économique en question

Par P.-E. Bouillot

Un rapport du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) s’est interrogé sur le “couple” croissance économique/ consommation des ressources naturelles et son impact sur l’environnement. Selon les rapporteurs du PNUE, si la consommation poursuit la tendance actuelle, le volume de minéraux, minerais, combustibles fossiles et biomasse consommés chaque année aura triplé d’ici l’année 2050.

Pour les rapporteurs, il est nécessaire de découpler la consommation de ces ressources, et ses conséquences néfastes sur l’environnement de la croissance économique. Autrement dit, il s’agit de « réduire le taux d’utilisation des ressources par unité d’activité économique », c’est-à-dire d’utiliser moins de matières premières, moins d’énergie, moins d’eau et moins de terres agricoles pour un même rendement économique.

Cet objectif de découplage s’inscrit dans une démarche d’amélioration du bien-être humain et implique de soutenir les innovations technologiques, économiques et sociales par des investissements massifs.

Le graphique ci-dessous (p. XIII du rapport) montre les deux aspects du découplage : l’utilisation des ressources (courbe bleue) et l’impact sur l’environnement (courbe verte). L’idée étant que ces deux  courbes soient déconnectées de la croissance économique (courbe rouge) et qu’elles tendent vers une valeur nulle.

Le rapport avance trois scénarios de consommation des ressources en distinguant les pays développés et ceux en voie de développement :

— « scénario 1 : maintien du statu quo » : Les pays industrialisés stabilisent leur consommation et les autres pays poursuivent leur tendance actuelle de développement. Ce scénario mène à une multiplication par 3 du niveau actuel de consommation. Il est considéré comme « insoutenable du point de vue de l’utilisation des ressources et des niveaux d’émissions »

— « scénario 2 : légère contraction de la consommation dans les pays développés, convergence des autres pays » : Il s’agit de diminuer de moitié la consommation des ressources dans les pays industrialisés, tandis que les autres pays s’alignent sur ce niveau. « Ce scénario suppose d’importants changements structurels, qui conduiraient à de nouveaux modes de production industrielle et de consommation, différant sensiblement du modèle industriel occidental traditionnel, gros consommateur de ressources ».

« scénario 3 : forte contraction de la consommation dans les pays développés, qui convergent avec les autres pays » : Les pays développés réduisent de deux tiers leur consommation actuelle et les autres pays demeurent à leurs niveaux actuels. Ce scénario est difficilement envisageable selon les auteurs, car il comporte tellement de restrictions, qu’il ne serait pas accepté par les décideurs politiques. Pourtant ce scénario, aussi strict soit-il, ne permettrait toujours pas le maintien d’une consommation soutenable des ressources selon les scientifiques.

Ce rapport est en tous cas préoccupant, si le PNUE propose des scénarios ambitieux, nous sommes bien loin d’un engagement des pays vers ceux-ci. L’humanité peut certes « faire plus avec moins », mais elle semble loin de le vouloir.

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