L’émergence de l’Afrique et la force de la culture

Une conférence invitant à la lecture des textes d’Aminata Traoré.

Par P.-E. Bouillot

C’est à la suite d’une conférence qu’elle a donnée à l’Université Nantes sur l’émergence de l’Afrique et la force de la culture que j’ai découvert Aminata Traoré et ses écrits.

Éléments biographiques d’une femme « hors normes » :

Cette ancienne ministre de la Culture du Mali est docteur en psychologie sociale et l’auteure de plusieurs ouvrages relatifs aux relations entre l’Afrique et les pays occidentaux. Elle a été chercheuse en sciences sociales à Abidjan jusqu’en 1988. Aminata Traoré a également travaillé pour plusieurs organisations régionales et internationales. Il se trouve qu’elle complète ces activités par un fervent militantisme altermondialiste comme le démontrent ses actions au sein du Forum pour un autre Mali et du Forum social mondial de 2006 à Bamako.

Une conférence au cœur de l’actualité ivoirienne :

À l’écouter, c’était bien la chercheuse et la militante qui transparaissaient dans son discours. En effet, elle a proposé une argumentation d’une incroyable clarté démontrant, avec l’appui d’exemples bien choisis, les origines des maux qui touchent l’Afrique.

Initialement, sa conférence s’intitulait « L’émergence de l’Afrique et la force de la culture », mais c’est sur le thème de l’actualité ivoirienne, reflet d’une Afrique tristement soumise à la communauté internationale, qu’elle a souhaité commencer son exposé. Elle nous a rappelé à cette occasion qu’une fois encore un pays africain n’avait pas été libre de choisir son propre dirigeant, certains pays tiers ayant pris une place considérable dans le processus électoral et politique.

Son discours a finalement porté en grande partie sur les réflexions qu’elle développe dans son dernier ouvrage L’Afrique humiliée. Pour Aminata Traoré, à la chute du mur de Berlin, « l’idée d’un monde ouvert et bon pour tous est redevenue possible ». Selon elle, les institutions issues des accords Bretton Woods, qui prônent un libéralisme mondialisé, ont, malheureusement, à nouveau dicté un développement commun pour l’Occident et pour l’Afrique ; mais alors que d’un côté l’économie des pays développés est subventionnée, de l’autre les pays les plus pauvres subissent les lois d’un marché mondialisé à défaut de pouvoir y accéder.

Elle n’a, par ailleurs, pas hésité à dénoncer la responsabilité des « gagnants de la mondialisation marchande » (surtout l’Union européenne et les États-Unis) sans pour autant ménager la responsabilité des dirigeants africains. Les premiers imposent à l’Afrique, au nom du libre-échange, une ouverture de leurs biens et services alors que les pays africains n’en ont pas les moyens. Les seconds devraient reconnaître les limites de la globalisation des échanges et définir une politique intérieure et extérieure « en accord avec les valeurs non marchandes, dont l’Afrique est encore détentrice ». Pour Madame Traoré, la réforme du FMI et de la Banque mondiale s’impose. Elle serait la solution à l’appauvrissement de l’Afrique et à l’émigration qu’elle subit.

Loin de pouvoir vous entretenir de la diversité des thèmes qu’elle nous a présentés pendant plus de 2 h 30, je vous invite à parcourir ses écrits et à guetter sa prochaine conférence pour y assister.

Bibliographie :

Elle a publié :

  • L’Afrique humiliée, Fayard, 2008.
  • Lettre au président des Français à propos de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique en général, Fayard, 2005.
  • Le Viol de l’imaginaire, Fayard, 2002.
  • L’Étau, Actes Sud, 1999.
  • Femmes d’Afrique : douloureux ajustement, Actes Sud, 1995.

Il existe également un article en ligne à propos de l’ouverture du Musée des Arts premiers, quai Branly à Paris : « Ainsi nos œuvres d’art ont droit de cité là où nous sommes, dans l’ensemble, interdits de séjour », 2006.

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Un commentaire pour L’émergence de l’Afrique et la force de la culture

  1. François Collart Dutilleul dit :

    Merci pour ce compte-rendu qui me fait encore plus regretter de n’avoir pu assister à cette conférence et merci également pour ces utiles conseils de lecture. La thématique développée est proche de celle du programme Lascaux. Connaissant son auteure, je n’en doutais pas. L’approche est évidemment un peu différente de celle de Lascaux, mais cela tient pour une part à la spécificité du Droit. Reste à savoir s’il est préférable de donner la priorité aux relations économiques (même enrichies avec des valeurs non marchandes), ou plutôt à la qualité de vie des personnes du Sud comme du Nord (y compris enrichie par des valeurs économiques d’échanges). Il y a derrière cela un choix de qualifications et donc de concepts qui va être au cœur du programme Lascaux pour les mois qui viennent.

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